Jazz à Luz, édition 2008
octobre 6, 2008 by media
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Ce qu’il y a d’agaçant à Jazz à Luz, c’est qu’il faudrait faire les trois-huit pour tout voir et tout raconter. Le chroniqueur y est soumis à des cadences infernales : premier rendez-vous chaque jour à 11 heures, déjeuner au Verger, redémarrage des concerts dès 15 heures, sans compter la musique ambulante toute la journée dans la ville, et ça continue jusqu’aux afters qui se terminent à l’aube. On n’a plus vingt ans, que diable.
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Outre la profusion musicale (plus de trente spectacles en quatre jours, faites vous-même le calcul), il y a tant de choses à voir ! L’église fortifiée du XIIème, les aménagements provisoires du XXIème - comptoirs, portiques, meubles temporaires en bois recyclé -, les chapeaux projectifs improvisés par Véro, le mouton AOC, les marmottes en peluche qui vous sifflent dans la rue, le Madiran et le Pacherenc, le château où l’on grimpe au petit jour parce qu’après on n’a plus le temps et que de toute façon le soir il pleut, les cirques : Gavarnie et Troumouse, le gave qui polit ses galets avec une application millénaire, la file d’attente pour l’excellente cantine du festival entièrement tenue par des bénévoles, où public et artistes s’assoient aux mêmes tables…
Tout ça pour vous dire qu’on n’a encore une fois pas tout vu, et qu’on en est fort marri. Mais qu’y faire ?
Vous avez voulu voir le spectacle « jeune public » d’Hervé Suhubiette, “Fantaisie martienne”, une fable surprenante qui emprunte à Buster Keaton et à Cyrano (celui des Etats et Empires de la Lune), avec une vraie poésie lunaire et une musique qui ne prend pas vos enfants pour des buses ? Vous allez manquer, à quelques kilomètres de là , la minute de silence en l’honneur des acteurs de la culture tombés en résistant. Et le concert de Barkatu Bartok, ce duo dont tout le monde vous dit tant de bien depuis si longtemps que vous teniez à l’entendre. Perdu… Vous avez rendez-vous pour une interview ? Les copains vous informent avec commisération qu’ils ont vu jouer, eux, Philippe Cataix et Gilles Carles, et que c’était un pur moment de bonheur. Vous partez vous réchauffer dans un café par une soirée de dimanche trop froide ? Vous n’étiez pas au spectacle le plus controversé de l’édition 2008, celui de Ryoji Ikeda dont vous n’aurez pas non plus d’images parce que le créateur interdit toute prise de vue.
Ce qu’il y a de bien à Luz, c’est justement ça : les controverses. Les spectacles qui ne font pas l’unanimité. C’est louche en art, l’unanimité. Ça sent le consensus mou, le manque d’audace, la mécanique bien huilée. A Luz, on ose et c’est tant mieux. Si le débat est vif, s’il s’est produit une bataille d’Ikeda qui rappelait un peu celle d’Hernani, c’est que - grâces en soient rendues aux programmateurs - la médiocrité n’était pas à l’ordre du jour : la médiocrité ne fait jamais débat.
Et ce qu’il y a de bien à Luz, c’est la musique en général. Celle qu’on a entendue aussi, parce qu’on n’a pas tout manqué, quand même !

