Tanjazz, la grand-messe !
juin 2, 2008 by media
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On ne se doutait pas qu’il y avait tant de jazz à Tanger ! Mais à voir la grande animation de la ville durant les cinq jours du festival Tanjazz, on commence à comprendre une chose : chacun y trouve son compte et à sa façon.

| De la scène gratuite des Nations unies aux trois scènes payantes du Palais des Institutions italiennes en passant par les incontournables parades des jazz bands dans les rues et autre Jam session dans les hôtels, c’est l’heure de la fête ! Le public ou plutôt les publics du Tanjazz, pour être plus exact, ont répondu aux détracteurs de l’événement à leurs façons. «Avec mes camarades de classe, j’aime bien suivre ces musiciens dans la rue.
C’est inhabituel et ça nous permet de nous amuser un peu…», nous lance avec spontanéité Fadi (11 ans) qui n’a pas lâché d’une semelle les musiciens de la compagnie du «Gros tube». Sillonnant en grande pompe les ruelles étroites de Merchane, ces derniers avec leur musique entraînante et leur bonne humeur n’ont pas tardé à attirer curieux et nouveaux amateurs. La foule les encerclant n’a pas cessé de grandir en cette fin d’après midi. Adultes, jeunes et enfants se sont improvisés public. Très vite mis à l’aise grâce à la fougue des musiciens, les enfants répétaient avec hésitation les refrains du meneur du groupe. En se réjouissant du résultat de leur aventure «jazzeuse», ils commencent à danser spontanément en essayant de suivre tant bien que mal les mélodies endiablées du Gros tube. Rappelons que la section des «Parades de Tanjazz» voit se produire deux autres bandes avec le même succès : les Heavy Fingers Fanfare et la Digue Bazar Compagnie. Plus loin, sur la place des Nations unies, le public se fait jeune. Le mauvais temps et la pluie ne l’ont pas dissuadé de s’y rendre dès 19h, alors que les concerts ne commencent qu’à 20h00. Une trentaine d’entre eux a pris le soin de se réserver une place stratégique au devant de la scène, c’est toujours mieux pour écouter et surtout pour voir. Hamid, la vingtaine, est venu accompagner ses camarades de classe après la fin des cours. En attendant le début du concert, ils ont commencé «à s’échauffer» en chantant et en dansant du Break. «A vrai dire, le style de musique qu’on nous sert nous importe peu ! Ce qui compte c’est de pouvoir assister à un concert live et de pouvoir s’amuser. Le plus, c’est qu’on commence à aimer la musique qu’on joue par ici», répond Hamid sous les regards amusés et approbateurs de ses jeunes compagnons. Des propos que Philip Lorin, président du festival, confirmera plus tard lors du premier concert de la soirée à l’ancien Palace de My Hafid : «la scène gratuite des Nations unies qui propose également des concerts de qualité accueille plus de 15.000 spectateurs chaque soir», lance-t-il pour encourager la foule des scènes payantes à s’y rendre. D’ailleurs venus nombreux en cette soirée du vendredi, les spectateurs ont confirmé la tendance spécifique de Tanjazz : le plus grand flux est réalisé lors des week end. D’après les organisateurs, la majorité du public national arrive de Casablanca et de Rabat. Côté international, la part du lion revient aux voisins espagnols suivis des Français et des Anglais, des Allemands et des Américains. L’ambiance pré-concert de la scène Comarit exprime si bien cette mixité culturelle. Entre les accolades, les petits «coucou» prononcés dans plusieurs langues, on comprend vite que la musique a ça de fédérateur. En attendant la grande apparition du trompettiste Boney Fields et de sa bande, les spectateurs de tous âges ont commencé à prendre place sur les gradins installés en plein air sur les terrains de sport des institutions italiennes. Les habitués de Tanjazz sont venus bien préparés pour affronter le grand froid nocturne de Tanger. Il y a même des frileux qui ont apporté des couvertures pour se tenir au chaud, tandis qu’ils dégustent leur musique préférée. Une précaution qui s’avérera vaine, vu que le grand jazz man venu de Chicago va chauffer l’ambiance ! Tout juste arrivé avec son accoutrement de Jazz man «classique» : longue veste, pantalon Charly, chapeau melon, Boney Fields met le feu… et sur la scène et dans l’assistance ! Vous prenez une belle musique, des rythmes à s’en couper le souffle et surtout une grande présence sur scène et vous voilà sous le charme ou plutôt sous le choc. L’artiste n’aime pas qu’on reste assis, bien sage quand la flamme danse au fond de l’âme. Passant de ses «are you ready ?», «do you like us ?», à l’action, ce trompettiste de talent va enflammer les gradins en rejoignant le public sur fond d’un solo époustouflant. Emerveillés par une telle prestation et sollicitude, les spectateurs n’ont revenaient pas de voir ce «diable» surgir devant eux comme une apparition. Le musicien aura droit à de belles ovations et un baiser gracieux d’une fan marocaine déjà conquise. Les 1500 places enregistrées chaque soir (avec des pics le week end), le confirment bien. Tanjazz est apparemment sur la bonne voie. Il suffit d’y mettre encore plus de volonté pour démocratiser les concerts payants ou de proposer des pass à des prix moins chers et plus encourageants. Questions existentiellesDepuis ses débuts, on reproche à Tanjazz ses penchants élitistes. Déjà le choix de son concept à savoir la musique jazz l’a placé dans la ligne de mire de ses détracteurs. Mais à voir la composition de son public qu’on peut se permettre de diviser en deux catégories : les amateurs (payants) et le grand public qui a droit aux concerts gratuits, on commence à se poser des questions. Au-delà de sa fonction de diffuseur, le propre d’un festival n’est-il pas d’initier à un genre et d’attirer de nouveaux amateurs ? Un festival comme Tanjazz ne devrait-il pas jouer le rôle «didactique» de sensibilisateur à une musique bien appréciée de par le monde ? Le public marocain et tangérois spécialement n’a-t-il pas le droit de découvrir ce genre de musique ou tout juste ce genre d’animation ? Tanjazz a vraisemblablement un grand rôle à jouer, il faut juste l’encourager. |
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