La musique vue par Karen Young

Ecrit par media le 3 mai 2008 – 10:38 -

On l’appelle souvent la grande dame du jazz, mais c’est réducteur. Car depuis les années 70, Karen Young explore toutes les couleurs de la musique pour créer les siennes. Le 17 mai, elle sera à L’Anglicane, avec trois autres chanteurs, pour offrir les polyphonies jazz de son dernier album, le superbe Âme, corps et désir.

Quel a été votre premier contact avec la musique?

R Ça vient de ma mère, elle me prenait dans ses bras quand j’étais toute petite et elle me bougeait pour me donner le rythme. J’ai fait la même chose avec ma fille et maintenant ma petite-fille. Tu regardes l’enfant dans les yeux, il te regarde et il y a de la lumière et il se met à bouger. Après le rythme, on apprend la mélodie, puis les harmonies; beaucoup plus complexes. Très tôt, il y a eu les leçons de piano, puis j’ai chanté dans les chœurs, j’ai appris la guitare, j’ai fait ma Joni Mitchell et après j’ai touché au jazz.

Q À quoi sert la musique?

R J’ai dĂ©jĂ  voulu Ă©crire une chanson lĂ -dessus… Pour moi, la musique, c’est comme regarder le monde avec des verres de teintes diffĂ©rentes. C’est aussi de la poĂ©sie. Et chanter, c’est ĂŞtre acteur; on peut incarner l’amour de la chanson et ce qui se passe dans la chanson. La musique, ça me comble et ça m’excite. C’est pour les temps bouleversants de la vie. Il y a une musique pour tout : la pubertĂ©, l’amour, la vie, l’injustice, la mort… Je ne mets jamais la musique comme un fond sonore. J’aime le silence pour garder la valeur de la musique quand il y en a.

Q Qu’est-ce qui nuit à la musique?

R Le vedettariat. C’est un peu comme le sport : tout le monde devrait en faire parce que c’est bon pour la santé. Mais on se contente de regarder. Tout le monde a besoin de faire de la musique socialement. Quand j’étais jeune, on faisait ça autour d’un feu. Mais les chansons d’aujourd’hui sont difficiles à chanter en harmonie. Je suis un peu tannée du rêve américain : devenir riche et célèbre. Tout le monde veut l’argent et la célébrité. Mais ça détruit le présent.

Q Par quoi passe l’avenir de la musique?

R Parfois, je pense que la musique est morte. On a l’impression qu’on a tout fait. C’est pour ça que je fais des fusions et que je reviens dans le passé. On ne peut rien faire sans avoir conscience de ce qui a été fait avant. Alors l’avenir passe peut-être par le métissage. Je fais beaucoup de recherches sur les musiques du tiers-monde parce que pour moi, c’est de la musique honnête.

Q Quelle est pour vous l’œuvre idéale?

R Il y a beaucoup trop de choses pour donner une seule réponse! En tout cas, c’est avec beaucoup de monde. Maintenant, j’écris pour des chœurs, je crois en ça pour l’avenir de la musique et c’est ça l’histoire de ma famille. C’est l’avenir et c’est mon passé.

Quand j’écoute de la musique chez moi, ce qui me touche le plus, c’est la musique de l’heure bleue, juste avant la nuit et seulement en hiver : les vêpres de Rachmaninov (composition pour chœur a cappella).


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