Du jazz manouche en hommage à Grappelli
novembre 18, 2008 by media
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Stéphane Grappelli aurait fêté ses 100 ans cette année. Pour lui rendre hommage, Bassin’Jass a invité George Washingmachine. Ce violoniste australien sait garder à son instrument sa spécificité classique, à laquelle il ajoute le swing. Il est sans doute actuellement le plus digne successeur de Stéphane Grappelli.

Improvisations
George Washingmachine est un improvisateur hors du commun, un remarquable spécialiste de la paraphrase qui lui fait transfigurer, colorer le thème le plus anodin.
Le quartet de George Washingmachine est l’une des toutes meilleures formations à perpétuer le style manouche.
En tournée en France pour un mois, sa première étape sera pour Bassin’Jass. Cette formation constituée par les deux guitaristes David Blenkhorn et Dave Kelbie, le violoniste George Washingmachine et le contrebassiste Sébastien Girardot connaît une forte popularité en Australie, Nouvelle-Zélande, Japon, mais aussi en Grande Bretagne, Scandinavie, Allemagne. Nul doute que très prochainement cette popularité s’étendra à la France.
Guilbeault : d’un hommage à l’autre
Durant le deuxième Festival de jazz de Québec, Normand Guilbeault prêtera sa contrebasse à deux univers fort différents. Il proposera d’abord une nouvelle mouture de l’hommage à Charles Mingus, qu’il pilote depuis près de 15 ans, pour ensuite prendre part au spectacle Satori à Québec, célébrant la poésie de Patrice Desbiens.
«Bon an, mal an, on donne au moins huit shows de Mingus. Ça reste quelque chose de particulier. C’est un jazz tonifiant et subversif : ça tape du pied, ça grogne, ça mord, même, mais c’est une musique très humaine.»
Quand Normand Guilbeault partage une passion avec le public, c’est avec un profond souci d’authenticité. Comme il a pu le faire avec ses projets dédiés à Louis Riel et à Jack Kerouac, il s’est baigné à fond dans les eaux de Mingus. Il en est ressorti avec un show qui évolue d’année en année. L’artiste jongle en effet avec les pièces qu’il présente, pond de nouvelles transcriptions pour enrichir son répertoire et garde contact avec Sue Mingus, la veuve du jazzman. Pour bien rendre la musique du défunt, Guilbeault compte sur une équipe de fidèles complices, soit Jean Derome (saxophones), Mathieu Bélanger (clarinettes), Ivanhoe Jolicoeur (trompette, bugle) et Claude Lavergne (batterie). Récemment, le pianiste Normand Deveault s’est ajouté à l’ensemble, élargissant ses possibilités sonores.
«L’énergie de Normand est tellement “Mingus” que je sentais qu’il pouvait apporter quelque chose. Et, justement, depuis son arrivée, on a atteint un nouveau plateau. On a sorti de nouvelles pièces que personne ne connaissait, on a fait quatre, cinq répétitions, puis deux shows, qu’on a enregistrés à Montréal et dont on tirera un album.»
Normand Guilbeault se défend bien de sombrer dans la copie. Si lui et sa bande s’attaqueront à Wham Bam Thank You Ma’am, Weird Nightmare ou Sue’s Changes, ce ne sera pas en tentant de livrer les pièces à la note près ou en singeant le jeu de Mingus ou d’Eric Dolphy.
«Lorsque je transcris les partitions, je n’écris jamais un walking de basse comme il le faisait ou un solo, car ça me donnerait quoi? (…) Le but n’est pas de l’imiter : je me sentirais mal, je serais un imposteur. Pour moi, ce qui est important, c’est le corps de cette musique-là : l’esprit Mingus.»
Desbiens
Le travail de Guilbeault dans la sphère créatrice de Patrice Desbiens est d’un tout autre ordre. Le contrebassiste raconte que c’est Simon Couillard qui a eu l’idée de l’aventure. À l’instar de Desbiens, Couillard est originaire de Timmins, en Ontario, et a souhaité que les œuvres du poète soient partagées devant public, sur fond jazz. Le trompettiste Joe Sullivan, qui a poussé dans la même ville, a pris part au projet, ainsi qu’un contingent de Québec composé du batteur Raynald Drouin, du pianiste Vincent Gagnon, ainsi que de Nathalie Lessard et d’Alix Renaud à la lecture des textes.
«C’est dans la tradition du spoken word, on garde l’idée de la spontanéité et du moment présent, précise Guilbeault. On se rencontre dans l’après-midi, on trouve nos chemins et à cela, on peut ajouter quelques improvisations libres.»
Guilbeault est un proche de Desbiens. Il a l’habitude d’aller le visiter dans son un et demi de la métropole, le temps d’échanger autour d’un verre et de jeter un œil à ses dernières idées. Aussi, quand Satori à Québec a pris forme une première fois, en juin, il l’a invité à venir assister au spectacle. Jusqu’à la dernière minute, Desbiens devait se présenter. Puis, il s’est ravisé.
«Patrice n’est pas fort là-dessus, les hommages, les tapes dans le dos. Trop d’hommages, ça le fatigue!»
Qu’il soit sur les lieux ou non, le public pourra sentir la présence du poète pendant la représentation. Son écriture particulière, qui porte l’empreinte du lieu où il a poussé et qui évoque parfois Kerouac, peut très bien vivre sans son géniteur. Ce, même s’il a une façon bien à lui de partager le fruit de sa plume, quand il prend le micro.
«C’est sûr que lorsque j’entends Patrice récité par d’autres, c’est différent : il vit ce qu’il lit, puisqu’il l’a écrit. Mais sa poésie est tellement forte, son écriture tellement personnelle, que ça marche très bien.»


