Marc-André Hamelin : le jazz au-delà des standards

Ecrit par media le 19 avril 2008 – 11:18 -

In a State of Jazz. D’emblée, la proposition de Marc-André Hamelin séduit. Quelles que soient vos attentes vis-à-vis de son nouvel album, l’écoute les comblera. La surprise et le plaisir sont grands au point où on n’en était pas encore tout à fait revenu au moment d’écrire ces lignes.

Précisons d’abord que cette incursion hors des frontières strictement classiques ne constitue nullement ce que l’industrie appelle communément un cross-over. De la part d’un artiste rigoureux comme Marc-André Hamelin, ça aurait d’ailleurs étonné.

Il faut pourtant reconnaître que In a State of Jazz n’est pas un véritable disque de jazz puisque son cadre n’a rien d’improvisé, ou si peu. Toutes les notes qu’on y entend, à l’exception d’un court passage, sont imprimées dans la partition. Or, s’il ne répond pas aux standards du genre, ce CD con­serve malgré tout une essence incontestablement jazzée.

On mettra quiconque au défi de reconnaître le style du pianiste québécois dans la Sonate no 2 du Russe Nicolai Kapustin, à notre avis l’œuvre maîtresse de l’album, en tout cas sa plus brillante. Ce geste euphorique et libre, cette manière tout à fait souple et agile d’évoluer dans l’univers du swing, fait tout de suite penser à des virtuoses de la trempe de Chick Corea ou de Jacky Terrasson.

Au fond, le seul élément qui pourrait trahir Hamelin dans sa démarche, c’est la qualité immaculée de son interprétation. En supposant qu’ils disposent des moyens techniques appropriés, la plupart des pianistes de jazz ne possèdent généralement pas un tel souci de la précision.

De Friedrich Gulda, un autre fascinant compositeur mis en évidence ici, Marc-André Hamelin a choisi deux Exercices qui n’en portent que le titre puisqu’il s’agit de pièces d’une véritable profondeur, ainsi que le très animé Prélude et fugue jadis popularisé par un certain Keith Emerson.

Étrangement, la Sonate en état de jazz d’Alexis Weissenberg, l’œuvre à laquelle l’album doit son titre, est la seule qu’on classerait plutôt du côté de la musique nouvelle. Ce qui n’est décidément pas le cas de ses sympathiques arrangements des chansons de Charles Trenet.

Hors des sentiers battus

Comme on sait, la curiosité naturelle de Marc-André Hamelin l’a souvent conduit en dehors des sentiers battus. Dans sa vaste discographie — une cinquantaine de titres jusqu’ici —, les Medtner, Dukas, Catoire, Godowsky et autres Sorabji, figures méconnues ou simplement ignorées du répertoire courant, occupent une place privilégiée. Ce qui n’empêche pas les Chopin, Liszt, Brahms et Schumann d’y paraître de manière avantageuse. Un précédent enregistrement de Hamelin réunissant une dizaine de sonates de Haydn faisait d’ailleurs partie de la liste des meilleurs disques classiques de 2007 établie par The New York Times.

«Y a-t-il quelque chose que cet homme ne peut pas jouer?» s’était demandé la revue britannique Gramophone en annonçant la nomination de Marc-André Hamelin pour le titre d’artiste de l’année en 2005. Aux dernières nouvelles, la réponse est non.


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